Les 8 erreurs à ne pas commettre pour apprivoiser l’argile sauvage
Pour utiliser de l’argile sauvage en céramique, il y a quelques principes à respecter pour éviter la catastrophe, la perte de temps et de motivation....
Par Sarah
On est beaucoup à vivre la même scène : tu fais des bols, des tasses, des assiettes. Tu bosses seul, tu vends sur un marché, en boutique ou sur Instagram. Et un jour, tu entends trois lettres qui font monter le rythme cardiaque : la DGCCRF en céramique est un vrai cauchemar.
Dans la tête de nombreux céramistes, ça ressemble à un contrôle “industrie”, impossible à tenir quand on est artisan.
C’est ce qui est arrivé à Sophie Durran de Mirette et Capucine . Sophie a eu la gentillesse de nous partager les demandes et réclamations de la DGCCRF pour préparer tout le monde à cette éventualité.
Une question que nous pourrions nous poser c’est : comment lutter contre ces règles dures à respecter ? Comment se préparer ? Comment le monde de la céramique peut-il se préparer et s’unir ? Si vous avez des pistes, notez-les en commentaire de l’article.
En vrai, la réalité est comme toujours plus nuancée. La DGCCRF ne te demande pas de devenir une multinationale, elle te demande d’être capable de prouver ce que tu affirmes quand tu mets sur le marché des objets en contact avec des aliments.
Cet article est un mode d’emploi. Il est pensé pour tous les céramistes. Il pose les bases pour comprendre les règles, traduire les termes techniques, et mettre en place un système pratique, tenable, et contrôlable.
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La conformité DGCCRF est particulièrement complexe en céramique, non par négligence des céramistes, mais parce que cet artisanat se situe à la jonction de contraintes techniques, réglementaires et économiques rarement compatibles. La réglementation a été pensée pour des productions standardisées, capables d’absorber des procédures qualité, des tests réguliers et des coûts fixes répartis sur de grandes séries. Or la céramique artisanale fonctionne à l’inverse : petites séries, pièces uniques, variations inhérentes au geste, à la matière et à la cuisson. Deux objets issus d’une même fournée peuvent présenter des différences, là où la norme suppose une homogénéité stable.
On parle souvent de conformité comme d’un principe abstrait. En céramique artisanale, elle a pourtant un coût très concret. Un test de migration plomb/cadmium sur un émail alimentaire coûte en moyenne environ 180 euros. Un atelier qui travaille avec quatre ou cinq émaux intérieurs — ce qui est courant — doit donc engager 800 à 1000 euros uniquement pour les analyses initiales. À cela s’ajoutent les éventuels retests en cas de modification de recette, de fournisseur, de température de cuisson ou de décor.
Mais le coût ne s’arrête pas là. Il faut aussi compter le temps passé à sélectionner les pièces à tester, à préparer les envois au laboratoire, à classer les rapports, à mettre à jour les déclarations de conformité, à tenir les registres de production et de traçabilité. Ce temps administratif, rarement visible, vient s’ajouter à un métier déjà long et physiquement exigeant. Rapporté au nombre de pièces réellement vendues, le coût unitaire de la conformité devient significatif, surtout pour des productions en petites séries ou en pièces uniques.
Une autre difficulté rarement abordée tient à la concurrence déloyale indirecte à laquelle font face les céramistes artisans. Sur les marchés, en ligne ou dans certaines boutiques, coexistent des objets importés — parfois présentés comme “artisanaux” — dont la conformité au contact alimentaire est floue, inexistante ou invérifiable. Ces produits, fabriqués en grandes séries à bas coût, peuvent afficher des prix très inférieurs à ceux des ateliers français, tout en suggérant un usage alimentaire sans en assumer les obligations réglementaires.
Le paradoxe est cruel : les artisans les plus visibles, les plus identifiables et les plus transparents sont aussi ceux qui supportent le plus fortement le poids des contrôles. La conformité DGCCRF, nécessaire pour protéger le consommateur, peut alors accentuer une distorsion de concurrence, en pénalisant les acteurs les plus vertueux face à des circuits de distribution moins contrôlés ou plus opaques. Cette réalité alimente un sentiment d’injustice largement partagé dans la profession, sans pour autant remettre en cause la nécessité des règles elles-mêmes.
La question n’est donc pas de savoir s’il faut des règles, mais comment les appliquer de manière juste et proportionnée à la réalité de l’artisanat céramique. Les céramistes ne demandent ni exemptions, ni passe-droits. Ils demandent des cadres clairs, compréhensibles, adaptés à des ateliers où chaque pièce est le fruit d’un long processus manuel, où la variabilité est inhérente au métier, et où les marges sont souvent fragiles.
Mieux informer, mieux former, mieux accompagner les artisans sur ces sujets serait déjà un premier pas. C’est un travail que nous commençons. Reconnaître aussi que la conformité a un coût : financier, temporel, mental et que ce coût doit pouvoir être intégré dans la valeur perçue des objets artisanaux. Car derrière chaque bol, chaque tasse, chaque assiette conforme, il y a non seulement un geste et une esthétique, mais aussi un travail invisible de responsabilité et de protection du consommateur. La conformité DGCCRF, lorsqu’elle est comprise et appliquée intelligemment, ne devrait pas être un frein à la création, mais un socle commun de confiance entre artisans et usagers.

La DGCCRF, c’est la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes. Elle dépend de l’État. Son boulot : protéger les consommateurs (sécurité, information, loyauté des pratiques), surveiller le marché, et sanctionner les manquements.
Quand tu fabriques et vends de la vaisselle, tu es concerné·e parce que tu mets sur le marché des produits qui peuvent toucher la santé : contact alimentaire = enjeux sanitaires.
Et il faut entendre un point fondamental : en cas de contrôle, la DGCCRF ne juge pas ton talent, ni ton style. Elle juge si tu as un minimum de maîtrise et un minimum de preuves sur le côté alimentaire de tes pièces.
Ce qu’ils attendent “Je peux expliquer ce que je fais, et je peux le prouver.”
Un objet “contact alimentaire”, c’est tout objet destiné à être en contact avec de la nourriture ou une boisson : assiette, bol, tasse, mug, carafe, plat, cuillère… mais aussi parfois des objets moins évidents si tu les vends pour cet usage (ex : une coupelle “à apéro”).
Vendre un bol et dire “ça passe au micro-ondes” tout en n’ayant aucune preuve derrière : c’est exactement le genre de situation qui attire l’attention.
Quand la DGCCRF contrôle des céramistes, on retombe quasi toujours sur 4 obligations :
Ce n’est pas forcément un système “industrie”. Non. Il faut un système compréhensible, constant, et documenté.
La déclaration de conformité (souvent appelée “DoC”) est un document écrit dans lequel tu déclares que tes objets destinés au contact alimentaire respectent les règles applicables. C’est le document que presque personne n’a et qui change tout. Ce n’est pas un papier “pour faire joli”. C’est un engagement. Et surtout : c’est ce qui permet au contrôleur de voir que tu as compris ton rôle.
La méthode la plus réaliste : une déclaration par “famille homogène”.
C’est un groupe d’objets fabriqués de la même manière sur les points qui comptent pour la sécurité :
Exemples :
Tu n’as pas besoin d’une DoC par pièce.
La présente déclaration est établie conformément :
– au règlement (CE) n°1935/2004 relatif aux matériaux et objets destinés à entrer en contact avec des denrées alimentaires ;
– au règlement (CE) n°2023/2006 relatif aux bonnes pratiques de fabrication ;
– à l’arrêté du 7 novembre 1985 relatif à la limitation des quantités de plomb et de cadmium extractibles des objets en céramique ;
– et, si tu vends à l’étranger, à la directive 84/500/CEE modifiée concernant les objets en céramique destinés au contact alimentaire.

Sur la céramique, l’enjeu principal du contact alimentaire est la migration de substances toxiques, en particulier plomb et cadmium, surtout si :
La migration, c’est ce qui “passe” de la céramique vers l’aliment. Exemple : une boisson acide dans une tasse peut extraire des éléments si l’émail n’est pas stable. Et si tu veux apprendre à réaliser des émaux alimentaires, je t’invite à suivre notre formation Comprendre et fabriquer tes émaux. Tu as aussi une liste d’émaux déjà testé fournis.
Tu fais des tests sur produits finis dans un laboratoire.
La logique la plus défendable (et tenable) :
Ce système n’est pas “parfait scientifiquement” dans l’absolu, mais il est cohérent et surtout auditable.

Le consommateur doit comprendre, au moment de l’achat, si l’objet est destiné au contact alimentaire. Ca ne doit pas être flou.

L’un des points les plus surveillés par la DGCCRF est l’information donnée au consommateur au moment de l’achat. Le principe est simple : le client doit comprendre immédiatement si l’objet est destiné ou non au contact alimentaire. Cette information ne doit être ni implicite, ni ambiguë. Un bol, une tasse ou une assiette ne peuvent pas “laisser deviner” leur usage : il faut le dire clairement.
Pour cela, la réglementation autorise deux moyens équivalents. Le premier est la mention écrite, par exemple « convient au contact alimentaire ». Le second est l’utilisation du symbole officiel verre–fourchette, qui est reconnu par le droit européen comme indiquant un usage alimentaire. Ce pictogramme a exactement la même valeur juridique que la mention écrite. En revanche, il ne signifie rien de plus : il n’indique ni la compatibilité avec le micro-ondes, ni le lave-vaisselle, ni une résistance particulière. Il signifie uniquement que l’objet est destiné à entrer en contact avec des denrées alimentaires. Tu peux retrouver destampons de ce pictogramme. Si ton usage n’est pas alimentaire, il est préférable de l’indiquer avec un tampon pictogramme barré.
L’information peut être apposée de différentes manières. Elle peut figurer directement sur l’objet, ce qui est courant dans l’industrie mais souvent peu adapté aux pièces en céramique. Elle peut aussi apparaître sur l’emballage, si l’objet est vendu emballé. Mais dans la pratique des ateliers et des marchés, la solution la plus simple et la plus largement acceptée par la DGCCRF reste l’affichage à proximité immédiate des objets. Une carte ou un panneau clairement visible, posé sur une table ou près d’une étagère, suffit à condition qu’il soit lisible avant l’acte d’achat.
Un affichage du type :
« Objets en céramique destinés au contact alimentaire. Fabrication artisanale – [Nom ou entreprise], [ville]. Références et lots disponibles sur demande »
est parfaitement conforme. Pour éviter toute discussion lors d’un contrôle, il est recommandé d’associer le symbole verre–fourchette à un court texte explicatif. Cette combinaison rend l’information à la fois pédagogique pour le client et juridiquement solide.
Sur un site e-commerce, les exigences sont légèrement plus strictes. Le symbole seul n’est pas suffisant : la fiche produit doit comporter une mention écrite explicite, telle que « convient au contact alimentaire ». Le pictogramme peut être ajouté en complément, mais il ne doit pas remplacer le texte, notamment pour des raisons de lisibilité et d’accessibilité.
Enfin, une vigilance particulière s’impose lorsque des objets alimentaires et non alimentaires cohabitent dans une même collection ou sur un même stand. Les pièces décoratives, comme les vases ou les photophores, doivent être clairement identifiées comme telles. À défaut, la DGCCRF peut considérer que l’usage alimentaire est suggéré par défaut. La règle est simple : ce qui est alimentaire doit être clairement identifié comme tel, et ce qui ne l’est pas doit être tout aussi clairement exclu.
Si tu écris “micro-ondes” et “lave-vaisselle”, tu prends une responsabilité. Il faut que tu sois capable d’expliquer sur quoi tu t’appuies (expérience, tests internes, retours, choix d’émaux, etc.). Ce n’est pas forcément illégal… mais c’est une promesse de sécurité et d’usage. Peut-être peux-tu t’en passer.
La traçabilité, c’est ta capacité à répondre à ces questions :
Pourquoi c’est exigé ? Parce qu’en cas de problème, on doit pouvoir :

Tu n’as pas besoin d’un logiciel. Tu as besoin d’un code et d’un registre.
Exemples :
2026-01-A (année-mois + lettre)2601-BOL-EB (année/mois + famille)2026-01-19-FOUR1 (date + four)L’idée : que tu puisses le suivre facilement.
Un cahier ou un tableau excel avec :
Une ligne peut couvrir une journée, une cuisson, ou une série : tu choisis ce qui est naturel pour toi.
Le but n’est pas d’être parfait. Le but est de pouvoir remonter l’info si on te demande.
Quand on est dans son atelier, le BPF se traduit par :
Voici un format minimaliste :
Page 1 : Organisation
Page 2 : Gestion des problèmes
Tu dates, tu signes.
Si tu veux être prêt en cas de contrôle, prépare un kit :
Avec 5 intercalaires :
Un A5 propre, lisible.
Mention contact alimentaire + référence.
Ce kit raccourcit le contrôle. Un contrôleur voit immédiatement si tu es structurée ou non.
