Bernard Palissy, maître des émaux
Bernard Palissy (1510–1590) est une figure majeure de la céramique française. Il est avant tout un maître des émaux. Autodidacte, il consacre sa vie à...
Par Hanna des bois
Pour utiliser de l’argile sauvage en céramique, il y a quelques principes à respecter pour éviter la catastrophe, la perte de temps et de motivation.
Voici un condensé des 8 erreurs à éviter dans les toutes premières étapes d’utilisation de l’argile sauvage : de la récolte à la préparation.
C’est à ce moment-là que tu détermines si la terre que tu as trouvée est vraiment adaptée à un usage en atelier de céramique. C’est aussi la phase où tu commences à apprivoiser cette nouvelle argile : tu la testes, tu la comprends, tu vois ce qu’elle a dans le ventre… mais elle n’est pas encore “adoptée”.
Un article précédent concernant l’argile sauvage : où et comment la collecter a déjà été écrit. Un article complémentaire viendra ensuite couvrir le second temps : façonnage, décor et cuisson. L’objectif : approfondir ta connaissance de ton argile de récolte pour l’utiliser au mieux, avec les bonnes pratiques et les bons réglages.
Les connaissances partagées ici sont basées sur mon expérience, mes recherches personnelles et l’animation de multiples stages sur le sujet. Pour aller plus loin et suivre ce stage, rejoins-nous au studio, tu as toutes les infos ici !
Aidez-vous de cartes géologiques pour identifier les zones à prospecter et les types de sols. Vous recherchez des termes comme « argile », « marne » et leurs composés comme « argile à galets », « lentilles d’argile« , etc. Équipez-vous, faites attention à la saison et à l’état des sols au moment de votre récolte, vérifiez que la zone où vous allez est accessible facilement… Retrouvez tous les conseils pratiques dans l’article « La récolte de l’argile sauvage, où, quand et comment ? ».
Ne vous trompez pas : le grès, lorsqu’il est indiqué dans une carte géologique, ne désigne pas le grès sous sa désignation utilisée en céramique, mais bien la roche sédimentaire qui résulte de la cimentation naturelle du sable. Vous n’aurez aucune chance d’en tirer de l’argile utilisable en céramique !
Avant de prendre la décision de récolter, il faut s’assurer de la qualité de l’argile identifiée. Pour cela, plusieurs tests assez simples s’offrent à vous.

Afin d’identifier plus facilement le matériau que vous avez face à vous, sur le terrain, il est important de tester la présence de sable. En effet, l’argile est une matière rocheuse sédimentaire, dont la granulométrie est très fine (inférieure à 2 μm), soit plus fine que les limons, sables et graviers. Pour vous assurer d’avoir un matériau argileux face à vous, vous allez vouloir écarter la présence de sable.
Pour cela, prélevez un peu d’argile à tester, si besoin réhumidifiez-la, afin d’obtenir un matériau plastique que vous pouvez mettre en boule au creux de votre main. Puis, portez la matière à votre oreille et appuyez dessus entre vos doigts, comme pour faire rouler la matière tout en l’écrasant. Si vous entendez un crissement, c’est que du sable est présent. Il n’est donc pas forcément opportun de poursuivre avec ce matériau.
Le sable rendra l’argile peu plastique, pourra blesser les mains si la terre est utilisée sur le tour. Un ajout de sable en faible quantité est possible ultérieurement à la préparation, afin de créer une chamotte naturelle, mais il est important de ne pas récolter une terre trop sableuse.
Sans connaitre la plasticité, difficile de caractériser la présence d’argile. S’il existe des argiles plus ou moins plastiques, la plasticité reste un critère incontournable que l’on recherche dans la matière argileuse. Récolter une terre non plastique, c’est courir le risque de prendre du limon pour de l’argile.
Pour vous faire une idée de la plasticité de votre matériau, prélevez une grosse noix d’argile à tester dans votre main. Si elle est trop sèche, réhumidifiez-la et malaxez-la de façon à obtenir un mélange le plus homogène possible. Si elle est trop humide, malaxez la plus longtemps ou laissez votre noix d’argile sécher quelques instants au soleil.
Roulez un boudin entre vos mains. Cette première opération vous donnera un premier aperçu du comportement de l’argile et de la pureté du matériau. En effet, s’il y a beaucoup d’impuretés : graviers, cailloux, racines, matière organique, sable, votre boudin aura du mal à se tenir. Retirez les impuretés que vous pouvez et recommencez l’opération.
Votre boudin roulé, essayez à présent de le courber jusqu’à former un anneau complet.

Attention, ces tests réalisés sur le terrain ne remplacent pas des tests réalisés en atelier, une fois l’argile sauvage préparée : sans ses impuretés et correctement hydratée. L’objet de ces tests est d’offrir un premier aperçu rapide.
Avec l’expérience, il m’arrive de récolter des argiles qui sont peu plastiques sur le terrain, parce que je sais expliquer le manque de plasticité constaté par trop d’impuretés ou une réhydratation peu homogène par exemple. Un test alternatif consiste à essayer de former un mini-bol pincé sur le terrain, pour se rendre compte du comportement de l’argile : est-ce qu’elle se tient ? Est-ce que je peux la lisser ? Si je réponds favorablement, il peut m’arriver des récolter malgré un test de l’anneau peu concluant.
Lorsqu’on récolte de l’argile sauvage pour la façonner, il est primordial de s’assurer qu’elle ne contient pas de calcaire. En effet, la présence de particules de calcaire produit des points de chaux après cuisson. Ils empêchent l’émail d’adhérer, et peuvent générer un tesson avec des fissures ou de la casse.
Si l’objectif est de fabriquer de l’émail avec l’argile de récolte, le calcaire sera au contraire intéressant.
Pour tester la présence de calcaire sur le terrain, utilisez quelques gouttes de vinaigre d’alcool que vous répandrez sur l’argile (idéalement sèche). Si l’argile reste inerte, sans réaction visible, il n’y a probablement pas de calcaire. Si au contraire la surface se met à mousser, vous êtes en présence de calcaire. Dans ce cas, ne récoltez pas dans le but de façonner des objets en céramique que vous serez amenés à cuire.
Ne récoltez que ce que vous pouvez transporter, privilégiez des argiles plutôt sèches ou à l’état plastique plutôt qu’à l’état humide pour éviter de transporter de l’eau et aussi pour préserver votre véhicule ou moyen de transport de tout accident boueux.
Une erreur fréquente est de récolter différentes argiles, de les stocker à l’atelier, d’y revenir plus tard et de ne plus savoir d’où vient quel contenu. Toute recherche réalisée sur une matière non identifiée fait perdre du temps, de l’énergie et gâche de la matière.
Notez bien d’où vient l’argile sur votre sac de récolte et placez éventuellement un repère sur votre application mobile (retrouvez tous ces conseils dans « La récolte de l’argile sauvage, où, quand et comment ? »).
Un peu de rigueur dans la phase de récolte est le meilleur moyen de gagner du temps et d’avoir une matière fiable pour la suite du processus.
Avant de préparer l’argile sauvage récoltée, il est intéressant de laisser sécher complètement la matière, en la concassant au préalable si nécessaire. Comme lorsqu’on recycle une argile du commerce, afin de favoriser l’homogénéité du matériau, le séchage complet avant sa réhydratation permet à l’eau de s’infiltrer partout. Sauter cette étape rend l’homogénéisation très fastidieuse : il faudra « casser » les grumeaux entre ses doigts ou avec des outils types mélangeur, ou encore sur le tamis. Laisser le temps à l’argile de sécher est donc le meilleur conseil.
Passer par l’état sec permet aussi de re-tester la présence de calcaire : lorsque l’argile est trop humide, le calcaire peut être plus dilué et donc moins réactif. Il est intéressant de repasser par cette étape avant de consacrer trop d’énergie à la transformation de l’argile de récolte.
Afin d’obtenir une matière facile à utiliser en façonnage, la plus pure possible, il est important de tamiser votre matière. Dans le cas contraire, les graviers, cailloux, morceaux de feuille ou de racines resteront dans votre matière, la rendant hétérogène.
En la laissant stockée à l’état humide, la présence de matériaux organiques en décomposition aura pour effet de dégager une odeur désagréable. Cela n’altèrera pas votre matière, mais cela peut être désagréable.
Ne pas tamiser aura aussi un impact sur la plasticité de votre matière, qui sera amoindrie. Elle pourra même casser du fait de la présence de corps solides trop imposants. Si vous souhaitez l’utiliser sur le tour, les grains risqueront de vous blesser les mains.
A la cuisson, il est difficile d’anticiper le comportement des graviers ou cailloux dont la composition chimique est nécessairement différente de l’argile, prudence donc.
Le tamisage peut s’effectuer grossièrement avec un tamis de maçon, ou un simple chinois de cuisine, ou plus fin (mesh 30, 60, 100 ou même 120 si vous souhaitez ne conserver que les particules les plus fines). Commencez toujours par un tamisage grossier, puis de plus en plus fin.

Une fois préparée et raffermie (sur une plaque de plâtre ou dans un tissu noué et suspendu), il est intéressant de réaliser à nouveau quelques tests pour comprendre le comportement de l’argile : la plasticité, le comportement au four, le rendu final… et cela, avant de se lancer dans la fabrication d’objets.
Dans cet article, nous avons passé en revue les 8 erreurs à ne pas commettre dans les premières étapes de la récolte et de la préparation de l’argile sauvage. En évitant de commettre ces erreurs, vous mettez toutes vos chances de votre côté pour apprivoiser au mieux votre argile de récolte. Vous aurez une matière plutôt plastique, contenant une proportion élevée d’argile, assez pure, que vous pourrez conditionner en attendant de la façonner.
Dans un second temps, vous allez pouvoir adopter votre argile sauvage, en maitrisant plus finement ses conditions de façonnage, de décor et de cuisson. Cela fera l’objet d’un article dédié. Article écrit par Hanna des bois.