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Les 8 erreurs à ne pas commettre pour apprivoiser l’argile sauvage

23 février 2026

Par Hanna des bois

Pour utiliser de l’argile sauvage en céramique, il y a quelques principes à respecter pour  éviter la catastrophe, la perte de temps et de motivation. 

Voici un condensé des 8 erreurs à éviter dans les toutes premières étapes d’utilisation de l’argile sauvage : de la récolte à la préparation.
C’est à ce moment-là que tu détermines si la terre que tu as trouvée est vraiment adaptée à un usage en atelier de céramique. C’est aussi la phase où tu commences à apprivoiser cette nouvelle argile : tu la testes, tu la comprends, tu vois ce qu’elle a dans le ventre… mais elle n’est pas encore “adoptée”.

Un article précédent concernant l’argile sauvage : où et comment la collecter a déjà été écrit. Un article complémentaire viendra ensuite couvrir le second temps : façonnage, décor et cuisson. L’objectif : approfondir ta connaissance de ton argile de récolte pour l’utiliser au mieux, avec les bonnes pratiques et les bons réglages.

Les connaissances partagées ici sont basées sur mon expérience, mes recherches  personnelles et l’animation de multiples stages sur le sujet. Pour aller plus loin et suivre ce stage, rejoins-nous au studio, tu as toutes les infos ici !

Ne pas faire fausse route dans la récolte de l’argile sauvage

Aidez-vous de cartes géologiques pour identifier les zones à prospecter et les types de  sols. Vous recherchez des termes comme « argile », « marne » et leurs composés  comme « argile à galets », « lentilles d’argile« , etc. Équipez-vous, faites attention à la saison et à l’état des sols au moment de votre récolte,  vérifiez que la zone où vous allez est accessible facilement… Retrouvez tous les conseils  pratiques dans l’article « La récolte de l’argile sauvage, où, quand et comment ? ». 

Erreur n°1 : attention aux faux amis 

Ne vous trompez pas : le grès, lorsqu’il est indiqué dans une carte géologique, ne  désigne pas le grès sous sa désignation utilisée en céramique, mais bien la roche  sédimentaire qui résulte de la cimentation naturelle du sable. Vous n’aurez aucune  chance d’en tirer de l’argile utilisable en céramique !

Sur place, au moment de la récolte 

Avant de prendre la décision de récolter, il faut s’assurer de la qualité de l’argile  identifiée. Pour cela, plusieurs tests assez simples s’offrent à vous. 

Erreur n°2 : ne pas tester la présence de sable 

Afin d’identifier plus facilement le matériau que vous avez face à vous, sur le terrain, il  est important de tester la présence de sable. En effet, l’argile est une matière rocheuse  sédimentaire, dont la granulométrie est très fine (inférieure à 2 μm), soit plus fine que  les limons, sables et graviers. Pour vous assurer d’avoir un matériau argileux face à vous, vous allez vouloir écarter la présence de sable.  

Pour cela, prélevez un peu d’argile à tester, si besoin réhumidifiez-la, afin d’obtenir un  matériau plastique que vous pouvez mettre en boule au creux de votre main. Puis,  portez la matière à votre oreille et appuyez dessus entre vos doigts, comme pour faire  rouler la matière tout en l’écrasant. Si vous entendez un crissement, c’est que du sable  est présent. Il n’est donc pas forcément opportun de poursuivre avec ce matériau.  

Le sable rendra l’argile peu plastique, pourra blesser les mains si la terre est utilisée sur  le tour. Un ajout de sable en faible quantité est possible ultérieurement à la préparation, afin de créer une chamotte naturelle, mais il est important de ne pas récolter une terre trop sableuse. 

Erreur n°3 : ne pas tester la plasticité 

Sans connaitre la plasticité, difficile de caractériser la présence d’argile. S’il existe des  argiles plus ou moins plastiques, la plasticité reste un critère incontournable que l’on  recherche dans la matière argileuse. Récolter une terre non plastique, c’est courir le  risque de prendre du limon pour de l’argile. 

Tester la plasticité de l’argile sauvage

Pour vous faire une idée de la plasticité de votre matériau, prélevez une grosse noix  d’argile à tester dans votre main. Si elle est trop sèche, réhumidifiez-la et malaxez-la de  façon à obtenir un mélange le plus homogène possible. Si elle est trop humide, malaxez la plus longtemps ou laissez votre noix d’argile sécher quelques instants au soleil. 

Roulez un boudin entre vos mains. Cette première opération vous donnera un premier  aperçu du comportement de l’argile et de la pureté du matériau. En effet, s’il y a  beaucoup d’impuretés : graviers, cailloux, racines, matière organique, sable, votre  boudin aura du mal à se tenir. Retirez les impuretés que vous pouvez et recommencez  l’opération. 

Analyser la plasticité de l’argile sauvage

Votre boudin roulé, essayez à présent de le courber jusqu’à former un anneau complet. 

  • Cas n°1 : Si aucune fissure n’apparait : votre argile est très plastique. 
  • Cas n°2 : Si quelques fissures apparaissent, vous avez face à vous une plasticité  moyenne, probablement façonnable à l’atelier mais avec des précautions ou en  l’intégrant dans une pâte céramique. 
  • Cas n°3 : si votre anneau se casse franchement à un ou plusieurs points : vous avez  devant vous un matériau très peu plastique. Il n’est pas intéressant de le récolter. Peut être est-ce plutôt un limon, de la matière organique, de l’argile trop chargée en sable… ? 

Attention, ces tests réalisés sur le terrain ne remplacent pas des tests réalisés en  atelier, une fois l’argile sauvage préparée : sans ses impuretés et correctement hydratée.  L’objet de ces tests est d’offrir un premier aperçu rapide. 

En pratique

Avec l’expérience, il m’arrive de récolter des argiles qui sont peu plastiques sur le  terrain, parce que je sais expliquer le manque de plasticité constaté par trop  d’impuretés ou une réhydratation peu homogène par exemple. Un test alternatif  consiste à essayer de former un mini-bol pincé sur le terrain, pour se rendre compte du  comportement de l’argile : est-ce qu’elle se tient ? Est-ce que je peux la lisser ? Si je  réponds favorablement, il peut m’arriver des récolter malgré un test de l’anneau peu  concluant. 

Erreur n°4 : ne pas savoir si l’argile contient du calcaire 

Lorsqu’on récolte de l’argile sauvage pour la façonner, il est primordial de s’assurer  qu’elle ne contient pas de calcaire. En effet, la présence de particules de calcaire  produit des points de chaux après cuisson. Ils empêchent l’émail d’adhérer, et peuvent générer un tesson avec des fissures ou de la casse. 

Si l’objectif est de fabriquer de l’émail avec l’argile de récolte, le calcaire sera au  contraire intéressant. 

Pour tester la présence de calcaire sur le terrain, utilisez quelques gouttes de vinaigre d’alcool que vous répandrez sur l’argile (idéalement sèche). Si l’argile reste inerte, sans  réaction visible, il n’y a probablement pas de calcaire. Si au contraire la surface se met à  mousser, vous êtes en présence de calcaire. Dans ce cas, ne récoltez pas dans le but de  façonner des objets en céramique que vous serez amenés à cuire. 

Erreur n°5 : ne pas anticiper le poids de la matière récoltée 

Ne récoltez que ce que vous pouvez transporter, privilégiez des argiles plutôt sèches ou  à l’état plastique plutôt qu’à l’état humide pour éviter de transporter de l’eau et aussi  pour préserver votre véhicule ou moyen de transport de tout accident boueux. 

Erreur n°6 : ne pas être rigoureux.se dans l’identification de la matière récoltée

Une erreur fréquente est de récolter différentes argiles, de les stocker à l’atelier, d’y  revenir plus tard et de ne plus savoir d’où vient quel contenu. Toute recherche réalisée  sur une matière non identifiée fait perdre du temps, de l’énergie et gâche de la matière. 

Notez bien d’où vient l’argile sur votre sac de récolte et placez éventuellement un repère  sur votre application mobile (retrouvez tous ces conseils dans « La récolte de l’argile  sauvage, où, quand et comment ? »).  

Un peu de rigueur dans la phase de récolte est le meilleur moyen de gagner du temps et  d’avoir une matière fiable pour la suite du processus. 

Préparation de l’argile sauvage

Erreur n°7 : ne pas laisser sécher l’argile récoltée 

Avant de préparer l’argile sauvage récoltée, il est intéressant de laisser sécher  complètement la matière, en la concassant au préalable si nécessaire. Comme  lorsqu’on recycle une argile du commerce, afin de favoriser l’homogénéité du matériau,  le séchage complet avant sa réhydratation permet à l’eau de s’infiltrer partout. Sauter  cette étape rend l’homogénéisation très fastidieuse : il faudra « casser » les grumeaux  entre ses doigts ou avec des outils types mélangeur, ou encore sur le tamis. Laisser le  temps à l’argile de sécher est donc le meilleur conseil. 

Passer par l’état sec permet aussi de re-tester la présence de calcaire : lorsque l’argile  est trop humide, le calcaire peut être plus dilué et donc moins réactif. Il est intéressant  de repasser par cette étape avant de consacrer trop d’énergie à la transformation de  l’argile de récolte. 

Erreur n°8 : ne pas filtrer l’argile 

Afin d’obtenir une matière facile à utiliser en façonnage, la plus pure possible, il est  important de tamiser votre matière. Dans le cas contraire, les graviers, cailloux,  morceaux de feuille ou de racines resteront dans votre matière, la rendant hétérogène.  

En la laissant stockée à l’état humide, la présence de matériaux organiques en  décomposition aura pour effet de dégager une odeur désagréable. Cela n’altèrera pas  votre matière, mais cela peut être désagréable.  

Ne pas tamiser aura aussi un impact sur la plasticité de votre matière, qui sera  amoindrie. Elle pourra même casser du fait de la présence de corps solides trop  imposants. Si vous souhaitez l’utiliser sur le tour, les grains risqueront de vous blesser  les mains.  

A la cuisson, il est difficile d’anticiper le comportement des graviers ou cailloux dont la  composition chimique est nécessairement différente de l’argile, prudence donc. 

Le tamisage peut s’effectuer grossièrement avec un tamis de maçon, ou un simple  chinois de cuisine, ou plus fin (mesh 30, 60, 100 ou même 120 si vous souhaitez ne conserver que les particules les plus fines). Commencez toujours par un tamisage  grossier, puis de plus en plus fin. 

Préparer la suite 

Une fois préparée et raffermie (sur une plaque de plâtre ou dans un tissu noué et  suspendu), il est intéressant de réaliser à nouveau quelques tests pour comprendre le  comportement de l’argile : la plasticité, le comportement au four, le rendu final… et  cela, avant de se lancer dans la fabrication d’objets. 

Collecter la terre de son jardin

Conclusion  

Dans cet article, nous avons passé en revue les 8 erreurs à ne pas commettre dans les  premières étapes de la récolte et de la préparation de l’argile sauvage. En évitant de  commettre ces erreurs, vous mettez toutes vos chances de votre côté pour apprivoiser  au mieux votre argile de récolte. Vous aurez une matière plutôt plastique, contenant une  proportion élevée d’argile, assez pure, que vous pourrez conditionner en attendant de la  façonner.  

Dans un second temps, vous allez pouvoir adopter votre argile sauvage, en maitrisant  plus finement ses conditions de façonnage, de décor et de cuisson. Cela fera l’objet  d’un article dédié.  Article écrit par Hanna des bois.